Le livre du moment
Le 5 novembre 2006 à 23:13 par borniol
The crying of lot 49 - Thomas Pynchon
P.S. : merci à Pif pour l’idée, même si j’ai un peu adapté le concept, histoire de le rendre plus compatible avec mon rythme naturel de fonctionnement.

The crying of lot 49 - Thomas Pynchon
P.S. : merci à Pif pour l’idée, même si j’ai un peu adapté le concept, histoire de le rendre plus compatible avec mon rythme naturel de fonctionnement.
“Demain je le vends“, à force, ça ne vaudra plus le coup de l’acheter en librairie : tout sera sur mes couilles. Pas grave, je continue quand même : nouvel extrait.
“Un des gros intérêts d’un bébé, pour les parents s’entend, c’est qu’il ne connaît rien à la vie et que, du coup, un rien l’épate. Ça permet au pire des médiocres de passer pour un héros à moindres frais aux yeux d’un public acquis car ignorant et captif. Dans l’absolu, ce n’est guère gratifiant. En pratique, on prend tout ce qu’on peut tant qu’on le peut. C’est mon cas, je n’en suis pas spécialement fier mais je n’en ai pas spécialement honte non plus.
Il se trouve que je possède une guitare, comme d’autres possèdent l’intégrale de Goethe : je ne m’en sers jamais. Et quand bien même l’idée ou l’envie me prendrait de le faire, j’en serais bien incapable. Il y a trop de cordes, sur ces machins-là, et je ne vous parle même pas des cases. Bref. Par un miracle dont je ne me rappelle pas la genèse, il existe un morceau que je suis capable d’exécuter a peu près convenablement. Et à l’occasion d’un dépoussiérage de l’instrument, tantôt, j’ai découvert que ça met monsieur bébé en transe quand je le fais. Il se plante à côté de moi, se dandine, tape des mains et à l’occasion je le laisse effleurer les cordes pendant que je plaque quelques accords. Pour résumer, le moment où je sors la guitare est synonyme de détente, aussi bien pour lui que pour le reste de la famille : tant qu’il écoute la musique il oublie de s’adonner aux tâches nuisibles qui l’occupent en temps normal.
Hier, j’ai joué avec le feu. Sans réellement savoir pourquoi, j’ai décidé, à l’insu de tout le monde, de diffuser sur l’équipement audio familial le morceau en question. Instantanément, monsieur bébé, toutes affaires cessantes, a vigoureusement pointé du doigt l’endroit où je remise ma vieille Vantage en criant joyeusement “Titare Papa ! Titare Papa !”.
C’est bête à dire mais il m’a fait plaisir, le petit crétin.”
Entendu aujourd’hui, à propos de ma proverbiale et hypothétique absence de vie sexuelle :
“Tu vois Terminator, eh ben il baise pas. Bon ben toi c’est pareil”.
C’est mignon, ça m’a presque fait sourire. Le type qui m’a dit ça, maintenant, je l’appelle Sarah Connor.
Histoire de calmer les fans en délire prêts à s’ouvrir les veines dans l’attente de sa publication, voici un nouvel extrait de “Demain je le vends”.
“Je ne sais pas pourquoi j’ai cru bon d’enfanter. Il y a sûrement l’une ou l’autre raison, objective ou non mais certainement impérieuse, c’est à peu près acquis, mais je ne la connais pas. Ce que je sais, en revanche, et ce de façon certaine, c’est pour quoi je ne l’ai pas fait : je n’ai pas décidé d’avoir des enfants dans le but de m’acheter une vie sociale.
La scène se passe dans un restaurant où j’ai mes habitudes et dont le patron garantit à ses clients une ambiance conviviale mais pas envahissante, une sorte d’enclave de sérénité dans un monde de crétins. C’est la première fois que l’expérience d’une sortie ailleurs que chez le pédiatre ou l’assistante sociale est tentée avec monsieur bébé, qui s’en trouve fort surpris d’une part et très enjoué d’autre part. Enjoué mais calme, agréable et, pour tout dire, rigolo, assis dans sa chaise haute à sourire au patron, aux clients et au porte-manteau tout proche, sans ordre particulier de préférence. Pour parler franchement, tout se passe presque trop bien. J’en acquerrai la certitude quelques instants plus tard, quand j’aurai commencé à payer ce moment de quiétude.
Vous l’avez sans doute remarqué, il y a des situations dans lesquelles de parfaits inconnus s’arrogent le droit de violer votre intimité sans en éprouver le moindre remords et, pire, sans même avoir conscience qu’il serait légitime qu’ils en éprouvassent. Le cas classique, c’est la femme enceinte à qui on caresse le ventre sans vergogne ni autorisation dès qu’elle a le malheur d’exhiber, bien malgré elle le plus souvent, l’envahissant indice de sa future maternité. Un autre cas classique, c’est un enfant en bas âge qui sourit à tout le monde autour de lui : ça ne rate jamais, le crétin ainsi gratifié se met en devoir d’engager une insipide conversation avec les malheureux parents qui n’en demandaient pas tant, mais alors vraiment pas. Vous pouvez vérifier : ça ne rate jamais, je vous dis.
Et pour l’instant, justement, ça ne rate pas. Raymond et Josiane, sympathiques quinquagénaires en goguette charmés pas la banane affichée par monsieur bébé, entreprennent depuis cinq bonnes minutes de réduire méthodiquement en ruine ce qui s’annonçait comme une bonne journée. “Qu’est-ce qu’il peut être mignon, hein qu’il est mignon ton petit frère ?”, “Franchement, on ne l’entend pas, c’est un vrai petit ange”, “Et ça lui fait quel âge ?”, “Il s’appelle comment ton doudou ?”, tout y passe. Jusqu’au fatidique “Il a les yeux de sa mère”. C’est là que je décide d’intervenir afin de rendre aux choses leur cours normal, en assénant, droit dans les yeux et d’un air particulièrement peu aimable, un “Et le sourire de son père” qui, comme je l’avais prévu, met un brutal coup d’arrêt au monologue collégial des vieux cons. Nos pizzas arrivent, Raymond et Josiane s’en vont.
Aux suivants.
P.S. : pour ceux qui ne me connaîtraient pas physiquement, quand je souris, je ressemble à ça.”
Je suis peu actif sur le bornioblog. Trop peu, alors qu’il y aurait tant à dire, et ce dans pas mal de domaines. Alors forcément, pour une reprise, il faut faire des choix. Un, en l’occurrence, qui s’impose de lui-même : Thierry Pelletier.
Mon ami Pif en avait parlé naguère, mais pas assez, loin s’en faut. Alors si personne ne le fait, et si moi je ne le fais pas, hein, vous connaissez la suite.
Thierry Pelletier est un type qui a une âme, des tripes, une plume et un blog. Ses trois premiers attributs justifient allègrement qu’on visite le quatrième, sans que je n’aie à argumenter plus avant : si vous êtes là c’est que vous savez pouvoir me faire confiance. Pour autant, qu’il me soit permis d’insister un brin : ce monsieur sait dire le poignant comme l’anodin sur un ton faussement léger et vraiment gouailleur qui, loin d’atténuer le propos, ne l’en rend que plus sensé. Ça sent le vécu, la fumée pas toujours légale et la bière qui n’a pas eu le temps de tiédir. Et pour tout dire, je suis fan. Alors vous allez me faire le plaisir de consacrer les quelques minutes qui suivent à prendre connaissance de l’œuvre de Thierry Pelletier, un type dont je m’enorgueillirais d’être l’ami. Mais ça, ce serait dans un monde parfait.
P.S. : “La France de toutenbas” a connu un précédent, ailleurs, chez Libération, et c’est là que ça se passait. Il faut y aller aussi, évidemment. Mais à l’avenir, l’inédit, c’est sur le blog hébergé chez Libertalia que ça se passera.
Je ne croyais que modérément à la Némésis, il y a encore peu. Voire pas, en fait. Mais il a bien fallu que je me rende à l’évidence : je me fourvoyais. Car je l’ai rencontrée. Elle m’est apparue par surprise sous les traits d’un petit bonhomme aux cheveux ras et l’anus probablement dilaté.
La scène se passe lors un mariage, à une table où sont réunies sept personnes de bonne compagnie. Et lui. Décrire les éléments à charge serait pénible et vain, je vous demande de me faire confiance. La seule description utile et valable du bonhomme tient dans cette phrase : essayez d’imaginer le plus grand crétin de la Terre, mais en plus bavard.
Je n’ai pas eu à l’imaginer : il fut mon voisin de table pendant quelques paires d’heures, et son seul objectif était visiblement de devenir mon meilleur ami.
Au secours. Rétrospectivement s’entend.
Je ne croyais que modérément au destin, il y a encore peu. Voire pas, en fait. Mais il a bien fallu que je me rende à l’évidence : je me fourvoyais. Car je l’ai rencontré. Il m’est apparu par surprise sous les traits d’un grand gaillard aux cheveux longs et aux mœurs discutables.
La scène se passe dans un bistrot comme seul le quartier de la gare du Nord est capable d’en produire : insipide et hors de prix. Une conversation à bâtons rompus s’est déclenchée depuis un bon moment entre six personnes de bonne compagnie. Et soudain une des six assène : ” Là-bas des chevelus y en a, mais pas assez”.
On aura beau me dire ce qu’on veut, on ne m’enlèvera pas cette certitude : il était né pour dire cette phrase, j’étais né pour l’entendre. Je crois raisonnablement que nous pouvons désormais mourir en paix, l’un comme l’autre.
Tout le monde peut se tromper, et malgré les apparences je ne suis guère meilleur qu’un autre. Donc j’avoue. La première fois qu’on m’a dit qu’un type qui se faisait appeler “The Bug” fabriquait de la musique à base de trucs dans des machins, et qu’en plus il entendait se faire épauler dans son entreprise par une ingénue nommée “Warrior Queen”, j’ai pouffé d’abondance.
Puis j’ai écouté.
P.S. : je poste ça pour le son, pas pour l’image, ne venez pas me chatouiller là-dessus.
Surtout quand je viens de redécouvrir que j’ai le CD de Salival, et qu’il me prend l’idée de l’écouter.
Allez, je ne suis pas chien, je vous livre un aperçu du bestiau.
Je vieillis. Je le sais. Je le sens, surtout.
Tenez : avant, quand je faisais du sport, je ne m’en ressentais pas, ou guère. Maintenant, si j’en faisais, je suis sûr que j’en aurais pour des jours à me remettre après chaque séance. Heureusement, j’ai un instinct de conservation assez affûté qui me fait volontiers délaisser les activités traumatisantes pour d’autres beaucoup plus sereinement apaisantes. Concrètement, au lieu de me martyriser le fondement à faire du vélo comme un abruti je m’assouplis la gorge et le tablier abdominal en buvant de la bière.
Un autre indice de mon vieillissement avéré : je deviens humaniste. Enfin, pour être plus précis, ma misanthropie devient humaniste. Avant, je méprisais les gens juste parce qu’ils étaient des gens. C’était le pack de base, compris dans le prix hors options. Maintenant, pour détester mes contemporains, j’ai besoin de trouver de bonnes raisons. Ça me surprend moi-même, hein, rassurez-vous. Et de toute façon pas de panique, j’en trouve toujours, des bonnes raisons.
La dernière en date ? Le comportement en public. La parade permanente. L’obligation du paraître. Observez un crétin esseulé. Il se crée une carapace, dans son coin, reste volontiers ouvertement taciturne, manière de montrer qu’il faut pas trop jouer avec l’homme sous peine de retour de manivelle immédiat. Transposez avec du dédain si c’est une crétine. Observez maintenant (au moins) deux crétins esseulés qui se rencontrent ou, pire, se rejoignent : c’est parti pour la grande représentation. Se mettre en avant à tout prix, parler plus fort que l’autre, être le premier à sortir la bonne blague. Ne pas tenter de briller signifie ne pas être là. Laisser la vedette à l’autre équivaut à ne pas exister. Or le crétin n’imagine pas le monde tourner sans lui. D’où frénésie vocale, gestuelle, olfactive s’il le faut vraiment pour bien faire sentir aux autres crétins qu’il est là et bien là, le crétin.
Quand je suis confronté à ce genre de scène, et ça arrive trop souvent à mon goût, mon état d’esprit oscille entre la pitié et l’envie de faire souffrir. Avec une nette préférence pour la seconde option.
Si un jour vous voyez un crétin en groupe qui se comporte comme un crétin esseulé, évitez d’aller le saluer : ce sera sans doute moi.
Edit : je viens de trouver un nom à mettre là-dessus. Ça vient de me sauter en pleine gueule comme une évidence : “le syndrome Ruquier”.